129 Boulevard De Menilmontant, 75011 PARIS
06 15 03 00 69
01 83 87 33 57

Histoire Hajj : Le grand pèlerinage à La Mecque

Hajj (arabe : ḥajjحَجّ, avec un /a/ bref ; ou ḥijjaʰحِجّة, « (aller vers) pèlerinage ») est le pèlerinage que font les musulmans aux lieux saints de la ville de La Mecque, en Arabie saoudite. C’est entre les 8 et 13 du mois lunaire de Dhû al-hijja (ḏū al-ḥijja, ذو الحجةcelui du pèlerinage), douzième mois de l’année musulmane, qu’a lieu le grand pèlerinage à La Mecque, qui constitue le cinquième pilier de l’islam.

Le mot hajj ou hâjja (arabe : ḥājj, avec un /a/ long : حَاجّ, « pèlerin ») désigne toute personne qui a fait ce pèlerinage. Il est alors accolé au nom de la personne, comme marque honorifique, quand on s’adresse à elle.

Al-Hajj est le titre de la sourate XXII du Coran.

Avant l’islam 

Le grand pèlerinage à La Mecque trouve son origine musulmane dans des versets coraniques de l’époque médinoise, mais ne constitue pas pour autant une institution originale : il existait déjà un tel pèlerinage (jâhiliya, paganisme préislamique) chez les Arabes préislamiques, païens ou chrétiens1.

‘Amr ibn Luhay (arabe : عمرو بن لحي) est un personnage de la période préislamique. C’est lui qui, selon l’islam, aurait introduit le paganisme au sein de La Mecque, plusieurs siècles auparavant.

La course entre As Safa et Marwah remonterait à la légende antique du culte d’Isaf (« cueillaison ») et Na’ila (« faveur ») : originaires du Yémen, ils s’aimaient passionnément, et durant le pèlerinage s’embrassèrent et s’enlacèrent. Ils furent changés en pierre. Les habitants les auraient placés près de la Kaaba, puis près de la source Zamzam. Plus tard, Isaf, surnommé « le Pourvoyeur de vent », fut placé sur le mont As Safa, et sa compagne, « Nourricière de l’oiseau », sur Al Marwah2,3.

Il y a eu deux pèlerinages distincts et à des dates différentes, unifiés dans l’Islam4 :

  • l’‘umra propre aux Mecquois, rituel de demande de pluie autour du bétyle de la Kaaba dans l’enceinte de la ville, avec sacrifice à al-Marwa ;
  • le ḥadjdj propre aux bédouins, parcours à Minâ dans la plaine de ʾArafât, avec sacrifice.

Déjà à l’époque, ce pèlerinage comprenait des rites similaires au hajj, essentiellement autour de la Kaaba qui contient la Pierre noire – un type de bétyle météorique dont le culte était répandu au Proche-Orient5 depuis l’Antiquité6. À La Mecque, les pèlerins prémusulmans revêtaient le vêtement rituel et se rasaient le crâne pour se mettre en état de sacralisation. Ils processionnaient déjà alors autour de la Kaaba. D’autres rites semblent s’être également déroulés à l’époque préislamique sur le plateau du mont Arafat, dont on ignore les détails cérémoniels et la fonction précise : les Arabes païens y honoraient vraisemblablement de multiples divinités dans le but d’obtenir des faveurs ou des réponses de type divinatoire, sacrifiant parfois des animaux1.

slam des premiers temps  

Plateau d’Arafat de nos jours, durant le pèlerinage

La communauté musulmane naissante a d’abord adopté des rites judaïsants en priant notamment en direction de Jérusalem ou de Pétra, lieu de pèlerinage. Mais dès 624, divers préceptes auraient été établis, constituant une véritable déclaration d’indépendance de la nouvelle religion à l’égard du judaïsme et du christianisme : c’est à compter de cette année-là que le mois de ramadan aurait été instauré et que la prière aurait été réorientée vers La Mecque ; ces devoirs ont été complétés par l’injonction d’accomplir un pèlerinage dans cette ville, ancrant l’islam sur le sol de l’Arabie1. Selon Dan Gibson, qui se base sur la direction des qiblas pendant les cent premières années, la première ville sainte de l’islam aurait été Pétra et c’est cette ville qui serait la « mère des cités » dont parle le Coran7, notamment car l’on n’a trouvé aucune preuve historique de l’existence de la Mecque à l’époque du prophète, ce serait en effet une création narrative des califes ultérieurs pour affermir l’indépendance arabe des cultes juifs depuis leur séparation après la reconquête de Jérusalem.

En l’an 6 de l’hégire (628), Mahomet aurait fait effectuer un sacrifice immédiatement après la négociation d’al-Ḥudaybiya ou Houdaybiya8, et un pèlerinage de type inconnu aurait été pratiqué sur son ordre par Abû Bakr en l’an 9 de l’hégire (630). Mahomet aurait réalisé un pèlerinage avec sacrifice à la Mecque (‘umra) en l’an 7 de l’hégire (629) grâce au protocole de la négociation d’al-Hudaybiya conclue entre Mahomet et les siens avec les Qoraychites instituant une trêve de deux ans8.

Au mois de mars 631, de Médine où il vivait, Mahomet annonce avoir reçu une révélation toute particulière, une « proclamation d’Allah aux hommes, au Jour majeur du Pèlerinage » (Coran, IX, 3,5.). Désormais, le polythéisme est banni. Seul reste le choix entre la mort ou la conversion. Les communautés juives et chrétiennes conservent leur statut à condition de vivre sous la tutelle de l’islam. Pour consacrer encore plus solennellement le culte voué aux lieux saints de la Mecque, un pèlerinage avec sortie du site mecquois (ḥadjdj) en l’an 10 (632)9, y est effectué par Mahomet, suivi d’une foule considérable qui se rallie à lui, sans combattre. Ce dernier pèlerinage étant ultérieurement nommé par la tradition « pèlerinage d’adieu »10.

Au cours de ces cérémonies, le prophète fond dans un ensemble cohérent ce qui deviendra une norme pour les générations à venir (la Mecque, le mont Arafat, la vallée de Mozdalifa et celle de Mina).

Ancrage abrahamique  

Djibril (l’ange Gabriel) arrête le bras d’Ibrahim, replaçant Ismaël par un mouton.
Enluminure ottomane vers le xviie siècle.

Une construction ultérieure rattache le sanctuaire de la Mecque à la tradition abrahamique : selon la tradition musulmane, c’est Abraham qui rejoint par son fils Ismaël aurait construit la Ka’ba11 et Abraham y aurait accomplit le premier pèlerinage selon le rituel musulman actuel. Le Coran suggère même que le sanctuaire mécquois préexistait à tous les autres lieux de culte12[réf. incomplète]. Des légendes plus tardives illustrent cette affirmation mettant par exemple en scène Adam qui rapporte la Pierre noire du paradis1.

Ainsi, ce récit permet de rompre avec les rites arabes païens antérieurs qui sont privés de légitimité et dont le rituel ancestral, dédié aux divinités païennes, est présenté comme une déviation du culte monothéiste instauré, selon la nouvelle tradition, par Abraham, « ancêtre des ancêtres Arabes »13. De la même manière, en affirmant la centralité du temple de La Mecque, l’islam affirme sa prééminence sur les monothéismes bibliques « déviants » par rapport à leurs propres origines abrahamiques, d’après la nouvelle religion1.

Du Moyen Âge à l’époque moderne 

Au Moyen Âge, les pèlerins se réunissent dans les capitales de la Syrie, l’Égypte et l’Irak pour aller à pied, à âne ou en caravanes de chameaux vers la Mecque, leur itinéraire croisant parfois celui des pèlerins chrétiens et souvent celui des marchands. Les pays musulmans traversés organisent des routes de pèlerinage afin d’assurer sur de nombreuses stations hébergement, ravitaillement et sécurité face aux bandes de brigands qui sévissent jusqu’à l’époque moderne14.

À l’époque contemporaine 

Jusqu’au début du xixe siècle, le Hajj régi par l’empire ottoman n’intéresse guère que les musulmans eux-mêmes. Mais avec le colonialisme et l’extension de l’emprise coloniale sur les pays musulmans, le pèlerinage à La Mecque fait irruption dans le registre des préoccupations internationales. Craignant que le pèlerinage soit la matrice d’une opinion publique musulmane et que La Mecque devienne un foyer d’agitation panislamiste puis nationaliste arabe, les autorités coloniales à l’époque contemporaine mettent en place un important dispositif de contrôle administratif et sanitaire afin de réduire les risques de contamination sanitaire (en raison des épidémies de peste et surtout de choléra qui sévissent dans le Hedjaz) et idéologique15.